« La jeunesse emmerde le Front National « 

Le stand des jeunes du PG au meetind #jeudirouge du 19 avril

Hier au meeting Jeudi Rouge du parc des Expositions à Paris, une petite affiche suspendue au-dessus du stand des jeunes du Parti de Gauche a déclenché une avalanche de sourires et de poings levés. Nous y avions écrit, en lettres rouges et noires « La jeunesse emmerde le Front National ». La citation de la chanson « Porcherie » des Béruriers Noirs, que nous avions déjà scandé en choeur en 2002, doit être le mot d’ordre de la jeunesse ce dimanche, dans les urnes et place Stalingrad. Pourquoi ? Parce que nous refusons les affirmations des médiacrates bien-pensants qui, pour faire peur, publient à l’envi des sondages selon lesquels les jeunes voteraient majoritairement pour Le Pen. Le Monde a d’ailleurs du se coiffer d’un bonnet d’âneaprès avoir publié un sondage du CSA, qui faisait plus office d’intox que d’info.

Les jeunes ne votent pas Le Pen, ils s’abstiennent

C’est un classique des instituts de sondages et autres commentateurs politiques, qui inventent des chiffres et une opinion publique avant de leur faire dire ce qu’ils veulent. Souvenez-vous il y a deux mois, la grande mode des faiseurs d’opinion était de marteler à qui pouvait le lire ou l’entendre que les ouvriers votaient pour le parti d’extrême droite. Fidèle à l’antienne de la bonne société, « classe laborieuse, classe dangereuse », les commentaires se sont acharnés, pleins de mépris de classe, à l’encontre des ouvriers et des ouvrières dont on ne parle autrement jamais dans les médias. À l’appui de quelques chiffres considérés comme la vérité révélée, les voilà qui nous ont servi pendant plusieurs semaines du « Madame Le Pen séduit les ouvriers », du « Le Front National en tête chez les ouvriers », ou encore du « Les ouvriers votent majoritairement pour le parti d’extrême-droite », sous-entendant, au choix, soit que Marine Le Pen répondait aux angoisses de la classe ouvrière, soit que cette dernière était une classe obsédée par la viande hallal sans se préoccuper de l’insécurité sociale. Il nous a fallu une bonne campagne de désintoxication pour montrer tout ce que ces propos comportaient d’affabulations voire de mensonges éhontés. La classe ouvrière, se portant majoritairement vers le FN ? Faux ! Le premier comportement électoral des ouvriers, et ce depuis bien des scrutins, est l’abstention. Pour la simple et bonne raison que, hormis lorsqu’il s’agit de les présenter en temps d’élection comme partisans du fascisme, ils ne sont jamais représentés, ils sont invisibles, dans les médias comme dans les discours politiques. Or lorsqu’une partie de la société se sent exclue de tout ce qui donne représentation, ils ne participent plus aux élections car ils considèrent que cela ne les concerne pas.

TINA : There Is No Alternative ... ?     Il en va de même pour les jeunes. Et cette jeunesse, voilà que les sondeurs et les commentateurs nous la montrent comme attirée elle aussi en grande partie par le vote d’extrême-droite. Les articles se multiplient dans la presse, des reportages sur des jeunes qui dénoncent « l’avortement de confort » ou des analyses des derniers sondages qui concluent que Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez les jeunes. C’est encore une fois la même absurdité que l’on nous sert ! Le premier comportement électoral des 18-25 ans, c’est encore une fois l’abstention. Et encore une fois parce que, à force de nous répéter le fameux « Il n’y a pas d’alternative » depuis notre plus tendre enfance, les dirigeants politiques ont fait comprendre à la jeunesse que la participation électorale ne servait pas à grand chose vu qu’un gouvernement était de toute façon pieds et poings liés à la volonté des banques, aux logiques de rigueur et d’austérité. Nous sommes nés au moment où le dogme néolibéral de Reagan et de Thatcher s’ancrait peu à peu dans la vie politique : pas étonnant que beaucoup d’entre nous pensent que la politique ne peut pas changer les choses si ce que répètent les dirigeants politiques, c’est justement qu’« il n’y a pas d’alternative », alors que le système s’effondre de toutes parts. Quitte à verser des larmes de crocodile sur l’abstention massive chez les jeunes, arguant de leur bonne foi et de leur inquiétude quant à la situation de la jeunesse.

Une génération sacrifiée et révoltée

Car ce n’est pas un hasard si l’on parle souvent de génération sacrifiée : aujourd’hui, pour la première fois, les jeunes peuvent s’attendre à vivre moins bien que leurs parents. On peut donner plusieurs noms à cette génération, qui montrent tous la réalité de la jeunesse d’aujourd’hui. La génération précaire, tout d’abord, car c’est celle qui subit de plein fouet le chômage et la multiplication de contrats précaires qui interdisent une projection dans l’avenir, le bien le plus précieux de la jeunesse car c’est elle qui le construit. La génération Tanguy aussi : alors qu’en 1975 seuls 35% des jeunes vivaient encore chez leurs parents, ils sont aujourd’hui 65%, et le chiffre monte à 81% lorsqu’il s’agit des non-diplômés. La génération à poil, celle dont un quart ont déjà renoncé à des soins de santé pour des raisons financières, et dont 13% ne sont pas couverts par une mutuelle. Bref, une génération exploitée, qui voit la précarité s’immiscer dans tous les recoins de la vie, poussant le bouchon toujours un peu plus loin. Donc oui, de quoi s’inquiéter sur la situation de la jeunesse. De quoi se révolter, se mobiliser.

Manifestation contre le CPE, printemps 2006

Détruisons alors ici une première fausse idée : les jeunes ne sont pas démobilisés, ils ne se désintéressent pas de la politique dans son sens premier, à savoir la vie de la cité, et donc la vie des citoyens et des citoyennes. La preuve en est que la jeunesse est à l’avant-garde de tous les mouvements sociaux. Que toutes les explosions de colère des dix dernières années, qu’elles prennent la forme de grèves étudiantes et de manifestations de rue ou de voitures qui brûlent dans les banlieues où le sentiment d’abandon prend le pas sur le reste, sont toutes du fait de la jeunesse et ont toutes été soit à l’initiative des jeunes comme le CPE, soit pérennisées par l’entrée dans la lutte des jeunes, comme le mouvement des retraites de l’automne 2010. Et c’est logique, si la politique ne semble plus pouvoir apporter de solution autre que « Profite et tais-toi » pour ceux qui sont bien nés ou « Il va falloir serrer la ceinture » pour ceux qui n’ont pas eu la même chance. C’est logique de l’ouvrir quand même, et d’essayer de se faire entendre. C’est logique de se battre pour ce pour quoi on peut se battre : le droit à une éducation de qualité pendant le mouvement contre la réforme LRU d’« autonomie » des universités, le droit à l’emploi comme tout le monde et pas à des ersatz de contrats de travail pendant le CPE, le droit à se projeter dans un avenir où il ne s’agit pas de trimer jusqu’à 67 ans.

Construire une France de l’avenir

La jeune génération française n’est pas repliée sur elle-même et attachée à des valeurs réactionnaires et à un ordre social établi. La jeune génération défend le droit à l’avortement, elle refuse le rétablissement de la peine de mort. C’est une

génération plurielle, diverse, métissée, elle a été élevée au milieu de tous, elle forge la France de la diversité. À l’école, nous avons grandi en nous mélangeant, et nous en avons été grandis. Comment le programme réactionnaire du Front National pourrait faire figure de sauveur, alors qu’il incarne tout ce que la jeunesse rejette ? Surtout quand ce même programme ne répond en rien à la précarité qui frappe la jeunesse. Pas d’augmentation des salaires, une hausse des cotisations y compris chez les plus pauvres, une réduction drastique des dépenses publiques qui ne mène à rien si ce n’est à une destruction dans le chaos des services public… y compris l’école, que Mme Le Pen veut renvoyer vers le privé avec son fameux « chèque éducation ».

Sur les plages du Prado à Marseille, 14 avril. Photo de Stéphane Burlot

Encore une fois, le but du Front de Gauche est de convaincre cette population qui ne croit plus à grand chose. Les abstentionnistes font partie de notre famille politique, ce peuple oppressé qui ne parvient qu’avec peine à sortir la tête de l’eau. Nous sommes le cri du peuple, des ouvriers et aussi, bien entendu, des jeunes. Nous pouvons faire de cette élection une insurrection civique, en construisant l’avenir, en construisant laFrance de demain. Comment pouvons-nous le faire sans ceux qui doivent la construire, les jeunes d’aujourd’hui ? La France de demain n’est pas la France de la haine, du racisme, du repli identitaire et d’autres sornettes qui mettent un poignard dans le cœur républicain de notre patrie. La France de demain est ouverte, elle est belle et rebelle, comme la jeunesse. Et elle crie bien fort, contre ceux qui veulent la repeindre en jeunesse fascisante, en jeunesse de la peur et de l’exclusion : « La jeunesse emmerde le Front National » !

Une réflexion au sujet de « « La jeunesse emmerde le Front National «  »

  1. Curieusement, le monde et les autres clowns ne se sont pas vantés du dernier sondage LH2, qui faisait apparaitre la répartition par tranche d’âge.. avec 40% pour le front de gauche dans la tranche 18-24 ans, contre un petit 18 pour Lepen c’est à dire dans la moyenne globale
    (ici http://www.lh2.fr/_upload/ressources/sondages/politique_nationale/lh2yahoointentionsvotepresidentielle201219avril2012.pdf )
    Alors elle est pas si mal cette jeunesse !

    Restons calme, c’est pas plus vrai que les sondages d’avant que le monde a utilisé, des sous échantillons d’un sondage comme ça ne peuvent pas être vraiment représentatifs.. mais par contre la différence de traitement médiatique est intéressante elle!

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